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Lenki Alheilig

Lenki Alheilig est née en 1983. Son travail de création entremêle photographie, vidéo et écriture.

Après l’obtention d’une Maîtrise d’Arts du spectacle (cinéma, photographie) à l’Université Lumière Lyon II en 2004 et de l’Agrégation de Lettres modernes en 2007, Lenki Alheilig enseigne depuis 2008 la Littérature et les Arts visuels (cinéma, photographie) en lycée et en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) à Annecy.

« Largo Alemano. Nuit d’août.
La plaque a disparu sous les rayures. La parcelle est grisée sur le cadastre. Derrière leurs vitres sales, les regards d’hommes me frôlent.
La via di mezzo dégouline son jus depuis le lungomare. Plus rien ne bouge, hormis la porte de la Chiesa Madre qui claque. La place n’est plus qu’un vaste champ de hautes ruines, électrifié par intermittence.
Je fais le cirque. Je regarde les pavés déchaussés par les serpents s’abîmer dans la pente, les arches se soulever entre les bancs de mouches.
Je me couche, sous les draps verdis à t’attendre. Là, je dessine des choses perdues, des chevaux sans tête. J’entends les tics tacs ensevelis derrière les plinthes, les sabliers brisés sous les lattes, les murènes décollées glisser dans le métal.
J’invite des momies dans mon lit, de jeunes chasseurs.
Je rêve de dents et de miroirs.
Je me relève pour enterrer derrière le mur notre vaisselle cassée et retrouver les restes d’un petit chat mort. »

www.lenki-photo.blogspot.com

« Largo Alemano »
16 images. Noir et blanc. Tirages argentiques (Labo Lynx).
Sujet: Le centro storico de la ville de Taranto, dans les Pouilles italiennes, parcelle maudite et désertée, entre terre et mer, regorgeant de palais vides et de chiens errants.
Technique: Photographie argentique « cheap », en accord avec la pauvreté des lieux observés : Lomo LCA+ (Kodak Tri-X 400 – PP2) et Holga 135BC (Ilford 100 – triple exposition)

Démarche photographique:
« Je pars des lieux, des cicatrices visibles de l’espace.
Je les traverse sans intention. Ce ne sont que places anonymes, villages désertés, dont la désolation n’a pas de cause apparente. Les explications viennent ensuite : la pollution, les glissements de terrain… Les objets sont là, des papiers, des images, des draps. Quelque chose revient. Ou bien ce sont des lieux nommés, les lieux institutionnels du souvenir. Plus ou moins balisés. Généralement, rien ne se lève d’autre que le vent et les poils de chiens. Leur actualité désertique ne coïncide pas avec la mémoire apprise. C’est le cas d’un terrain vague polonais en bordure de falaise, balayé par le vent, qu’on appelle Plaszow et dont les strates de sédiments ne sont que « nappes de passé ».
Le plus souvent, rien n’indique que les petits points blancs qui sillonnent les roches sont des débris d’os remontés à la surface des lacs de cendre. Les choses reviennent par d’autres biais, dans la décadence des lumières, la dégradation des teintes, le regard trouble. Je me promène, parfois disponible à ce qui est enfoui, à sa remontée. Parfois non. Je ne promène pas seule. D’autres sont là. »